JAKARTA - La décentralisation est toujours accompagnée de mots doux: accélération du développement, égalisation des services et présence plus proche de l'État. Mais dans la pratique, la décentralisation prend souvent la forme de projets politiques qui dépassent les limites de la rationalité juridique et de la capacité fiscale. C'est à ce point que le public devrait se demander: cette décentralisation est-elle née de la nécessité objective de la société, ou simplement de la volonté des élites?
En fait, normativement, l'expansion territoriale n'est pas un espace libre de traduction. Les lois et règlements ont établi des conditions strictes. La loi n° 23 de 2014 sur le gouvernement local affirme que la formation de nouvelles régions autonomes doit remplir les critères de capacité économique, de potentiel régional, de préparation administrative, de capacité institutionnelle et d'objectif de promotion du bien-être de la population. Cela signifie que l'expansion n'est pas une aspiration émotionnelle, mais une décision politique basée sur les capacités.
Le problème, dans la réalité politique locale, est que les conditions légales sont souvent traitées comme des formalités administratives - les documents sont remplis, les recommandations sont poursuivies, mais la substance est ignorée. La décentralisation est alors passée d'un instrument de développement à une scène de distribution de postes. C'est ce que l'on peut appeler la politique de la courtoisie : lorsque l'orientation politique n'est plus l'indice du développement humain (IDH), mais le siège du pouvoir.
En conséquence, les nouvelles régions autonomes naissent dans des conditions fiscales fragiles. Le budget des recettes et des dépenses locales (APBD) n'est pas suffisant pour soutenir les services de base, tandis que la dépendance aux transferts centraux devient permanente. Ironie du sort, ce qui a grandi rapidement n'est pas la qualité de l'éducation ou de la santé, mais les dépenses de la bureaucratie - de nouveaux bureaux, de nouvelles structures et de nouvelles élites.
Des indicateurs objectifs tels que le ratio GINI montrent en fait une inégalité qui ne s'est pas réduite. La croissance ne crée pas automatiquement l'équité sociale. Dans de nombreuses régions, il ne s'agit que de diviser les zones administratives, pas de diviser la pauvreté. L'État semble être présent structurellement, mais absente substantiellement.
Le contexte de Papouasie montre clairement ce dilemme. La décentralisation des provinces est souvent présentée comme la réponse à la vaste étendue et à l'isolement. Mais sans une adhérence sérieuse aux conditions de la loi, en particulier la capacité fiscale et la préparation des ressources humaines, la décentralisation risque d'aggraver le fardeau social. La question est simple mais fondamentale : cette décentralisation est-elle pour les Papous, ou pour l'élite papoue ?
La décentralisation qui ne remplit pas les conditions juridiques ne concerne pas seulement une question de mauvaise politique, mais une violation de l'éthique constitutionnelle. L'État ne peut pas légaliser l'incapacité sous prétexte d'aspirations. Si les conditions ne sont pas remplies, la courage politique requise n'est pas d'approuver la décentralisation, mais de la rejeter.
Par conséquent, la décentralisation doit être ramenée à son essence: un instrument de développement soumis à la loi, et non un instrument de compromis politique. Tant que la volonté de l'élite est plus dominante que la conformité aux lois et règlements, la décentralisation ne produira que des régions administratives sans bien-être, des provinces sans indépendance et une autonomie sans justice.
Un pays est testé non pas par la quantité de territoire qui est décentralisé, mais par le courage de respecter les conditions juridiques afin de protéger la population de la souffrance structurelle répétée.
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L'auteur est le Professeur Idrus Al-Hamid, Secrétaire de l'Équipe de Développement Accéléré de Papouasie-Nouvelle-Guinée (TP3C)
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